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06 avril 2006

"Et nous amènerons nos amours"

Et nous amènerons nos amours, une à une, dans ce vallon qui se referme, guidés par les pentes pierreuses aux aromates sauvages, entêtés de cigales — mais il ne sera plus temps de parler—.
Nous saluerons la plaine, nous saluerons devant sa porte l’homme aux rides joyeuses. Ils danseront encore, les cyprès longilignes et mous.
Nul éboulis ne nous éreintera, nous sommes nés d’Aisance et de Charme. Portés par la flamme douce d’une lumière horizontale, nous irons nuptialement dans un concert d’anges et de sexe. Entre chien et loup.

Puis la nuit viendra, peuplée d’insectes.

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"Graver dans le feu froid"

Graver dans le feu froid ces joies tétanisantes.

Imprimer sur mes épaules le poids du léger cavalier, garder sur l’oreiller la trace de sa tête endormie, apprendre pour toujours les règles de nos jeux. Par coeur les mots, par coeur les chants.
N’oublier rien : la jour du baiser, la bouche du rire, le souffle de sa nuit — et tout le petit peuple de poupées qui habite le lit.
Ecrire au plus près de ce temps idéal, vouloir lui consacrer l’entière mémoire.

Abandonner le reste aux décharges publiques.

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"Toi qui as la chance inouïe"

Toi qui as la chance inouïe de n’avoir pas à survivre, happe une seconde comme une éternité, garde le fruit en bouche, écraquille tes yeux d’enfant.

Toi qui as la chance inouïe de n’avoir pas à survivre, cherche dans chaque pas les amours de ta vie, accorde ta respiration au rythme mesuré et ample des secrets de la terre.

Toi qui as la chance inouïe de n’avoir pas à survivre, cours pour gonfler tes poumons et non pour dépasser les autres : quand tu avances l’horizon recule, regarde le d’ici, établis avec lui un pacte d’amitié sûre, et marche.

Le suc, la sève, la source : compte ces mots pour tout et le reste pour rien.

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"En folles rafales"

En folles rafales, la lumière à l’extrémité de son souffle.
Elle emporte nos chiffons lachés : paroles envolées, pensées fugaces, actes inconséquents.
Et nous voici seul face à notre démence au sommet des collines calcaire, écoutant la musique implacable de notre respiration qui s’accorde à la bourrasque, petit homme bravant la tempête, souriant au vide, chantant ses rêves encore une fois.
Muet et droit, celui-là, perché sur un caillou blanc, n’a jamais été aussi bavard et aussi souple. Quand il redescendra dans la plaine il ne pourra plus oublier le goût acide de l’espace dévoilé.

Parce que c’est grand vent dans les pins et les oliviers.

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15 février 2006

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